Lettre adressée à Mme Maze, à Salles-Mongiscard (64)
Archive privée inédite
- Date: 30/12/1788
- Lieu: Diusse (64)
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[La transcription peut comporter des erreurs]
A Madame
Madame maze.
pour salles mongiscard
a orthez
pardonne moi, ma chere titon, si je prends encore un petit papier pour t'ecrire, c'est la rigueur de la saison qui m'y détermine, il est extremement difficile de tenir la plume et quoiqu'auprés d'un bon feu ma main et tout mon corps tremble dans ce moment, il fait cependant le plus beau soleil du monde et on seroit tenté de lui demander comment il peut etre si brillant sans échauffer. mais cela ne laisse pas d'etre ainsi, pour la nuit je ne sais pas qui peut dormir, mais ce n'est pas moi. je me reveille glacée je ne me rendors que par instans, et puis au point du jour je prends le sommeil et je dors jusqu'a dix heures et mes affaires vont dieu le sait. je repete sans cesse ceci ne peut durer. mais cela dure et augmente meme de jour en jour. je ne puis aller voir, ma chere mamou, qui a perdu son fils ainé je lui ai écrit pour lui faire mes excuses et j'attends le dégel pour l'aller voir.
j'ai reçu ta lettre avec grand plaisir, ma chere amie, non en verité je ne jugeois pas par les precedentes de ta position. je les trouvois fort extérieures si tu me passes ce terme, fort froides meme enfin peu dignes de mes sentimens pour toi et de ceux que je te connois pour moi, mais je vois de quoi il s'agit tu as des affaires par dessus les yeux de la tete. tu n'as pas le tems de penser et pour écrire il faut penser, toi du moins qui n'es pas accoutumée a faire des lettres de société, enfin tu es heureuse. j'en suis enchantée tu peux le croire, tu n'as que faire de mes conseils et tant mieux, cependant s'il s'en trouve quelqu'un par hazard sous ma plume tu veux les accepter, et bien ma chere, je te dirai que je n'aime pas dutout tes courses nocturnes en hiver. cela te fera du mal, ne vois tu pas que tu as déja des fluxions, il faut secouer ta paresse ou ta vanité, c'est a dire promener en deshabillé pendant le jour, ou t'habiller pour promener. dis a ton mari de ma part que s'il se porte assez bien pour s'exposer a l'air de la nuit il n'en est pas de meme de toi, et qu'il faut qu'il te menage ou qu'il t'oblige a te menager. quant a moi, ma chere titon je ne manque pas a cela. ce n'est jamais par ma faute que je suis malade tu peux le croire. c'est un état si dépendant que celui de la maladie, si souffrant pour nous et pour ceux qui s'interessent a nous que je ne néglige rien pour l'eviter.
j'approuve fort que tu ne veuilles pas augmenter le nombre de tes relations a bayonne. il me semble qu'avec les affaires que tu as une petite societé te suffit, d'ailleurs elle est bien plus agréable, quand on voit peu de personnes elles deviennent presque des amis,
[en cours de transcription]
Madame maze.
pour salles mongiscard
a orthez
a diusse le 30 xbre 1788
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pardonne moi, ma chere titon, si je prends encore un petit papier pour t'ecrire, c'est la rigueur de la saison qui m'y détermine, il est extremement difficile de tenir la plume et quoiqu'auprés d'un bon feu ma main et tout mon corps tremble dans ce moment, il fait cependant le plus beau soleil du monde et on seroit tenté de lui demander comment il peut etre si brillant sans échauffer. mais cela ne laisse pas d'etre ainsi, pour la nuit je ne sais pas qui peut dormir, mais ce n'est pas moi. je me reveille glacée je ne me rendors que par instans, et puis au point du jour je prends le sommeil et je dors jusqu'a dix heures et mes affaires vont dieu le sait. je repete sans cesse ceci ne peut durer. mais cela dure et augmente meme de jour en jour. je ne puis aller voir, ma chere mamou, qui a perdu son fils ainé je lui ai écrit pour lui faire mes excuses et j'attends le dégel pour l'aller voir.
j'ai reçu ta lettre avec grand plaisir, ma chere amie, non en verité je ne jugeois pas par les precedentes de ta position. je les trouvois fort extérieures si tu me passes ce terme, fort froides meme enfin peu dignes de mes sentimens pour toi et de ceux que je te connois pour moi, mais je vois de quoi il s'agit tu as des affaires par dessus les yeux de la tete. tu n'as pas le tems de penser et pour écrire il faut penser, toi du moins qui n'es pas accoutumée a faire des lettres de société, enfin tu es heureuse. j'en suis enchantée tu peux le croire, tu n'as que faire de mes conseils et tant mieux, cependant s'il s'en trouve quelqu'un par hazard sous ma plume tu veux les accepter, et bien ma chere, je te dirai que je n'aime pas dutout tes courses nocturnes en hiver. cela te fera du mal, ne vois tu pas que tu as déja des fluxions, il faut secouer ta paresse ou ta vanité, c'est a dire promener en deshabillé pendant le jour, ou t'habiller pour promener. dis a ton mari de ma part que s'il se porte assez bien pour s'exposer a l'air de la nuit il n'en est pas de meme de toi, et qu'il faut qu'il te menage ou qu'il t'oblige a te menager. quant a moi, ma chere titon je ne manque pas a cela. ce n'est jamais par ma faute que je suis malade tu peux le croire. c'est un état si dépendant que celui de la maladie, si souffrant pour nous et pour ceux qui s'interessent a nous que je ne néglige rien pour l'eviter.
j'approuve fort que tu ne veuilles pas augmenter le nombre de tes relations a bayonne. il me semble qu'avec les affaires que tu as une petite societé te suffit, d'ailleurs elle est bien plus agréable, quand on voit peu de personnes elles deviennent presque des amis,
[en cours de transcription]